Extraits du Dominicain Blanc de Gustave Meyrink
« Je sais aujourd’hui que l’âme humaine est omnisciente et toute puissante dès les commencements, et que l’homme ne peut faire pour elle qu’une seule chose: éliminer tous les obstacles qui peuvent l’empêcher de s’épanouir. En admettant qu’il puisse faire quoique ce soit!
(124) Un homme ne peut comprendre le sens d’un livre s’il se contente de le tenir à la main ou de le feuilleter, sans le lire, de même le déroulement de son existence ne lui est d’aucun profit tant qu’il n’en a pas compris le sens; les événements se succèdent comme les feuillets d’un livre: il les voit apparaître et disparaître, et à la dernière est écrit le mot: Fin.
Il ne sait même pas que le livre continue à se rouvrir indéfiniment jusqu’à ce qu’il ait fini par apprendre à lire.
Lorsqu’il a enfin commencé à comprendre les paroles de vie qui y sont écrites, alors s’ouvrent les yeux de son esprit, qui commence à respirer et à lire avec lui.
Apprendre à rêver est donc le premier degré de la sagesse. L’intelligence, on l’acquiert par la vie extérieure; la sagesse découle du rêve. Qu’il s’agisse de rêve éveillé, auquel cas nous dirons: Ah, il m’est venu quelque chose à l’idée’, ou ‘j’ai reçu une lumière’, ou qu’il s’agisse de rêve nocturne, auquel cas nous sommes enseignés sous forme de symboles.
Tout art véritable prend aussi sa source au royaume du rêve.
Le rêve est une passerelle entre l’état de veille et le sommeil; il est aussi une passerelle entre la vie et la mort. (53)